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Numismates
et collectionneurs avant la Société
La collection est d'emblée au cur
de l'activité d'amateuL'intérêt pour les monnaies
antiques et les médailles s'affirme dès le début
de la Renaissance. Les princes, les humanistes se constituent,
à côté de leur bibliothèque, un cabinet
d'antiquités où les monnaies voisinent avec les
pierres gravées, les bronzes figurés et les vases.
Le Cabinet de Louis XIV, qui se trouvait d'abord à Versailles
avant d'être plus tard installé à Paris, est
à l'origine de l'actuel Cabinet des Médailles de
la Bibliothèque nationale de France : les séries
de monnaies au portrait des empereurs romains y voisinent avec
les pièces frappées par les cités grecques,
qui posent souvent de difficiles problèmes d'identification.
rs distingués, dont le plus célèbre, l'abbé
Barthélemy a efficacement travaillé à la
préserver pendant la tourmente révolutionnaire et
a joué un très grand rôle dans la diffusion
de l'intérêt pour l'antiquité grecque par
son célèbre roman, Les Voyages du Jeune Anacharsis,
qui décrit la vie dans la Grèce du IVe siècle
av. J.-C., où les monnaies jouent un rôle non négligeable.
Dès le début du XIXe siècle, une curiosité
croissante pour le Moyen Age attire vers les monnaies des séries
féodales et des rois de France un nombre croissant d'aristocrates,
d'amateurs fortunés, de notables qui trouvent dans leurs
provinces des pièces de toutes sortes, difficiles à
lire, à reconnaître, à dater. Leur passion
commune, leur curiosité pour ces objets d'histoire les
poussent à discuter avec d'autres amateurs, à confronter
leurs hypothèses.
C'est ainsi que naît en 1836, la Revue
de la numismatique française, au même moment
que sa jumelle anglaise, The Numismatic Chronicle. La Revue
est créée par deux membres de " la Société
royale des antiquaires de France et de plusieurs autres Sociétés
archéologiques françoises et étrangères "
: le milieu est caractéristique et le titre choisi très
significatif ; loin des monnaies anciennes, dont l'étude
requiert une érudition réservée aux grands
corps académiques, il s'agit de faciliter l'étude
de " pièces difficiles à classer et jusqu'ici
peu étudiées " qui relèvent
de la tradition nationale, " médailles celtiques
et gauloises, gallo-grecques et gallo-romaines ", toutes
celles " dont l'histoire se trouve mêlée
avec celle des nos ayeux
jusqu'aux Croisades, et sous les
princes français, empereurs de Constantinople "
(introduction de la Revue, 1836). On reconnaît là
une inspiration "troubadour", "toute patriotique",
dont les limites vont très vite craquer devant les demandes
des collectionneurs et des amateurs d'objets d'art qui souhaitent
voir la Revue " étendre son cadre à
la numismatique générale " : c'est chose faite
dès le tome 3, malgré la crainte de ses directeurs
de se " trouver trop en dessous de la tâche qui nous
serait imposée ". Ils n'en réussissent pas
moins à faire paraître les 21 tomes de la première
série (1836-1856). La Revue étant aujourd'hui
la propriété de la Société Française
de Numismatique, on peut considérer que sa création
est bien le premier acte de son histoire, d'autant plus que le
projet de création d'une société savante
dont l'objet serait uniquement la numismatique, avait été
formé dès la première année de la
Revue.
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La
naissance de la Société Française de Numismatique
"Société Française
de Numismatique et d'Archéologie", tel est le titre
que se donne la nouvelle association créée en 1865,
sous le Second Empire. Elle publie aussitôt un Annuaire,
qui en explique l'objectif : " développer le goût
de la numismatique et de l'archéologie, encourager dans
les provinces les collectionneurs de monnaies locales, tenir nos
collègues au courant des découvertes, fonder autour
d'une bibliothèque spéciale un centre d'études
et de relations ". Un double idéal la guide : "
servir la science " et concrètement aider les numismates
dans " leurs recherches et la composition de leur collection
". Ses ambitions sont immenses : elle " s'occupe de
toutes les branches de l'archéologie qui ont rapport immédiat
avec la numismatique, et notamment de la glyptique et de la sigillographie
". A cette fin, elle entend constituer un réseau de
correspondants dans les sociétés historiques et
archéologiques de toute la France, sans négliger
les contacts avec l'étranger
Son premier président, Gustave de Ponton
d'Amécourt, était un esprit très curieux,
qui avait publié un livre sur la " conquête
de l'air " et créé les mots d'aviateur ou d'hélicoptère.
Il avait acheté en 1857 un trésor de monnaies carolingiennes,
qui constitue le noyau actuel des monnaies carolingiennes du Cabinet
des Médailles. On compte dans le premier bureau d'autres
collectionneurs qui ont laissé un nom. La Société
fonctionne un peu comme un club, qui se réunit au début
quatre fois par mois, dans ses salons voisins du Boulevard Saint-Germain
: les membres y trouvaient une bibliothèque et une petit
exposition de monnaies. Le nombre des membres croît rapidement,
280 en 1867, 550 en 1868, 650 en 1869, ce qui apparaît comme
un maximum, déclinant dans les périodes de crise,
retrouvé aux moments fastes, jamais dépassé.
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Crise
et consolidation
Les effets d'une rivalité désordonnée
des différents acteurs de la numismatique entraînent
à la fin des années 1860 une crise aggravée
par les effets de la guerre de 1870 et l'effondrement du Second
Empire. La Revue est désormais éditée
par la maison Rollin, qui deviendra en 1860 Rollin et Feuardent,
la direction scientifique revenant à J. De Witte et A.
de Longpérier, dont les travaux en numismatique sur les
empereurs romains et plus particulièrement les usurpateurs
gaulois pour le premier, sur les monnaies françaises pour
le second ont joué un grand rôle dans le développement
de la recherche : ils consacrent leur énergie à
la deuxième série (1856-1869/70, le tome XV et dernier
comprenant des fascicules parus entre 1874 et 1877) jusqu'à
ce que le déclin de leur santé les amènent
à renoncer. Parallèlement, la Société
avait lancé en 1868 son Annuaire de la Société
Française de Numismatique dont les trois premiers volumes
paraissent avant la guerre, le quatrième seulement en 1873,
suivi d'un cinquième daté de 1877-1881, et d'une
reprise régulière entre 1882 et 1896 : il ne survivra
que de quelques années à son fondateur, le premier
président de la Société.
Le nombre des membres décline : 192 en
1882, 97 seulement en 1897, les difficultés financières
s'accroissent, du fait de publications malheureuses.
Pourtant
l'aube de la renaissance est à placer en 1883. Trois très
grands savants, membres de l'Institut (Académie des Inscriptions
et Belles Lettres), auteurs de manuels et de catalogues encore
régulièrement utilisés, redonnent vie à
la Revue (3e série) : ce sont Anatole de Barthélemy,
auteur du Nouveau Manuel complet de la numismatique du Moyen
Age et moderne, Gustave Schlumberger, spécialiste des
monnayages de l'Orient latin au temps des Croisades, qui fit don
au Cabinet des Médailles de sa collection de monnaies et
sceaux byzantins, et Ernest Babelon, Conservateur du Cabinet des
Médailles et professeur au Collège de France, qui
se fit connaître notamment par son Traité des
monnaies grecques et romaines. La Revue est désormais
dotée d'un comité de publication, dont fait partie
W.H. Waddington, helléniste et diplomate, un temps ministre
des Affaires Etrangères qui constitua une remarquable collection
de monnaies grecques d'époque impériale, actuellement
au Cabinet des Médailles et d'un délégué
de l'administration, dont le premier fut J. Adrien Blanchet, qui
en sera directeur de 1906 jusqu'en 1956 ! Co-auteur des Manuels
de numismatique française, collectionneur, ce qui l'amènera
à quitter le Cabinet, Adrien Blanchet sera également,
en 1903/5 et 1911/2, président de la Société.
Société, Revue, rapports étroits avec
le Cabinet des Médailles, rencontres entre collectionneurs
et savants, les différents fils sont désormais entrelacés
qui permettent à la Société de remplir au
mieux sa fonction au service de la numismatique.
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La
période de maturité
1897 est une année importante : dotée
de nouveaux statuts, devenue Société Française
de Numismatique après l'abandon de la référence
à l'archéologie, installée (jusqu'en 1932)
dans les nouveaux locaux de la Sorbonne, la Société
lie son destin à la Revue, que les membres reçoivent
désormais et qui publie les procès-verbaux des séances
: d'où le début d'une 4e série (jusqu'en
1936). Elle développe ses relations avec les sociétés
surs à l'étranger, adhère à
la Société internationale de numismatique (association
qui a pris plusieurs formes depuis), organise à l'occasion
de l'exposition universelle de 1900 un congrès international
de numismatique et participe à ceux qui s'organisent à
l'étranger, d'abord à intervalle irrégulier.
Parmi les numismates qu'elle décore du titre de Membre
d'Honneur, figure le roi d'Italie, Victor Emmanuel III, grand
collectionneur de monnaies de son pays et le prince Louis de Battenberg,
devenu Mountbatten. A partir de 1934, la Société
décide d'offrir son jeton de vermeil à un savant
étranger particulièrement réputé.
Les plus grands noms de la science numismatique mondiale viendront
ainsi recevoir leur jeton au cours d'une des réunions mensuelles
: l'Anglais Hill, l'Américain Newell furent ainsi distingués.
Un don fait en mémoire du commandant Babut
permet à la Société en 1932 de fonder un
prix biennal, décerné " à un membre
de la Société, pour un livre ou un mémoire
sur notre numismatique nationale, ancienne ou moderne ".
Toujours attribué, le prix Babut a signalé des contributions
souvent remarquables. La Société est couronnée
à plusieurs reprises par l'Institut de France (Académie
des Inscriptions et Belles Lettres). En 1924, elle est reconnue
d'utilité publique.
En 1937, l'arrêt des activités de
la maison Feuardent oblige à chercher un éditeur
à la Revue. La Société en prend directement
la responsabilité, la propriété du titre
restant aux directeurs : c'est le point de départ de la
5e série.
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Le
dernier demi-siècle
La guerre oblige d'abord la Société
à interrompre ses activités. Mais en juillet 1941,
un bureau provisoire composé de conservateurs du Cabinet
des Médailles et de collectionneurs parisiens relance une
activité qui est un dérivatif aux malheurs du temps.
Les réunions se tiennent au Cabinet des Médailles,
où la Société vient s'installer en 1945,
après avoir fait un tour à La Monnaie de Paris :
c'est ainsi que les réunions se tiennent désormais
salle des Commissions. Dans ce noyau très actif, qui animera
la vie de la Société pendant près d'un demi-siècle,
figure un tout jeune conservateur, Jean Lafaurie, dont les curiosités
vont de la monnaie romaine jusqu'au billet de banque, en passant
par les mérovingiennes et les carolingiennes.
Les projets se multiplient, que seules les difficultés
financières ralentissent. Le Bulletin de la Société
est créé en 1945, malgré la rareté
du papier, afin d'établir, par ses dix livraisons mensuelles,
un lien plus étroit entre ses membres, plus familier aussi
que la Revue. Les expositions-concours à la Monnaie
de Paris, organisées à sept reprises depuis 1949,
sont l'occasion de faire connaître les richesses de la numismatique
en France. C'est dans le même esprit que la Société
organise depuis 1956 ses " Journées numismatiques
" qui lui offrent l'occasion de rendre visite à une
société de province, de mieux connaître les
collections souvent aussi riches que méconnues de tel ou
tel musée, dont un catalogue est publié à
l'occasion, bref de consolider les relations entre l'ensemble
des collectionneurs et amateurs de monnaie dans tout le pays.
Enfin, à partir de 1982, la Société entreprend
la publication des Trésors antiques de la France
(TAF).
Le long processus de rapprochement entre la Société
et la Revue trouve son épilogue en 1958 : les directeurs
transmettent à celle-ci la propriété du titre,
ce qu'accepte une assemblée extraordinaire. C'est le point
de départ de la 6e série. Les statuts de 1998 en
confient la publication à quatre directeurs, dont, de droit,
le Directeur du Département des monnaies, médailles
et antiques de la Bibliothèque nationale de France et trois
directeurs élus par la Société pour un mandat
renouvelable. Les même statuts accordent désormais
le droit de vote à tous les membres qu'ils soient correspondants
ou ordinaires.
Dans ses péripéties, son organisation
progressive, l'histoire de la Société Française
de Numismatique pourrait être comparée à celle
d'autres sociétés savantes, fondées au XIXe
siècle. L'étude de la monnaie lui donne sa touche
particulière : la volonté d'associer collectionneurs
de toute la France amateurs et savants, les liens privilégiés
avec la collection nationale du Cabinet des Médailles témoignent
de ce goût pour cette uvre d'art chargée d'histoire
qu'est la pièce de monnaie à travers toutes les
époques.
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Pour
en savoir plus
La
Société Française de Numismatique : 1865-1965,
Revue Numismatique 1965, p. 15-29.
Jean LAFAURIE, La Revue Numismatique a 150 ans, Revue
Numismatique 1986, p. 8-50.
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